Association Loi 1901
6, Rue du Bourg, 26220 Dieulefit
La Drôme, France

Le Roi Déchu et le Retour du Prince
Extrait du Livre Paroles de Feu de Nils Daum



Commandez le livre chez l'auteur, Nils Daum 
6, rue du Bourg 26220 Dieulefit, France
daumnil@wanadoo.fr 


"Je suis Roi ; je suis né pour cela."
Et il leur dit : "Ecce homo"
"Ecce homo" : voilà l'homme ! Ces deux mots vont résonner à travers tous les siècles, à travers tous les temps, comme les plus douloureux, les plus horribles, les plus affreux, les plus tragiques qui aient jamais passé par la bouche d'un être humain.
Qu'on se représente la situation :
Jésus venait de prononcer une des plus belles paroles qui aient jamais été dites en ce monde. Une Parole remplie de lumière, d'espoir et de joie : celle qui résumait tout son message. "Oui, je suis le Roi, je suis né pour cela, et je suis venu dans le monde pour témoigner de cette vérité." Et quelques instants après, par dérision, Pilate le fait flageller, lui fait mettre une couronne d'épines, un manteau pourpre de roi ruisselant de sang, et le montre à la foule. Et la foule crache sur lui et lui donne des gifles. Et Jésus se tient là, immobile et muet, le visage couvert de sang et de crachats : il était le roi déchu, le roi de douleur, injurié, bafoué, meurtri, ensanglanté, blessé à mort. Tous les sommets de l'horreur qu'on peut atteindre sur Terre sont ici atteints. Tous les sommets de l'amour meurtri et bafoué sont ici dépassés.
Et Ponce Pilate dit : "Ecce homo, voici l'homme."
Oui, voici l'homme-Jésus, sans doute, mais aussi : voici l'homme en tous les hommes. Car chacun d'entre nous est cet homme-là, ce roi de douleur, ce roi déchu. Peut-être n'en avons-nous pas conscience, peut-être n'en avons-nous plus conscience, peut-être l'avons-nous oublié, peut-être l'avons-nous si bien caché que nous ne le savons plus. Peut-être portons-nous un masque social de bonheur, un sourire figé sur notre visage. Peut-être nos éclats de rire, nos festins, nos embrassades, nos satisfactions d'amour-propre donnent-ils le change. Le change aux autres et le change à nous-mêmes. Mais ôtez tous ces masques, tous ces déguisements, tous ces travestis. Et derrière, vous trouverez le visage de Jésus, ensanglanté devant la foule, couvert de crachats, blessé à mort. Derrière, vous trouverez le roi déchu.
Il n'est pas un seul d'entre nous qui n'ait senti, peut-être de façon très fugitive, presqu'oubliée, qu'il était né pour être roi, pour être un Prince de la vie. A un certain moment, il a senti en lui une richesse unique, une beauté unique, une splendeur. Alors il s'est senti fort, riche, capable de conquérir le monde et la vie, avec aisance, avec élégance. Il s'est senti revêtu d'habits de lumière et demeurant dans un palais. Il a vécu un bref instant son origine de Prince, son origine d'au-delà de ce monde. Un instant, il a pu dire avec le Christ : "Oui, je suis Roi, je suis né pour cela."
Mais le monde du dehors veut niveler et donner à chacun une norme, c'est-à-dire un niveau moyen, un niveau médiocre, et a tôt fait, à coups de gifles, de quolibets et de rebuffades, de nous ramener de cette certitude du dedans aux fades réalités du dehors. Il faut rabattre le caquet à ce mégalomane.
Alors nous avons caché notre image et notre visage jusqu'à les oublier nous-mêmes. Et depuis, un masque,  celui de l'ego, les a remplacés. Et l'ego est  menteur, l'ego est comédien, l'ego est rusé et calculateur. Il se présente comme modeste, humble, charitable, zélé, affable quand c'est nécessaire, et comme un tyran rempli de haine ou d'indifférence quand il peut, et prêt à faire souffrir au monde entier ce qu'il a lui-même enduré. Et ceci sous de nobles prétextes de justice, de droit, de respect des règles et de la loi.
Mais ôtez le masque conventionnel d'un bonheur superficiel, contraint et médiocre, alors vous retrouverez sur tous les visages celui de Jésus ensanglanté et ridiculisé devant la foule. Quelque part et en quelque lieu, nous avons subi cette dérision. Quelque part, on a craché sur notre trésor le plus précieux : la profondeur et la beauté d'un amour secret. Quelque part, nous sommes ce roi déchu, ce roi meurtri.
Alors il n'y a que deux issues possibles. La première : nous pouvons sombrer dans l'indifférence, dans la médiocrité, dans la révolte, dans la haine ou dans la violence. La deuxième : nous prenons brusquement conscience qu'une résurrection est possible. Brusquement, nous sentons que nous pouvons renaître à l'ancienne royauté et y retourner, comme le fit le Fils prodigue. Alors nous quittons - dès cette vie-ci - notre défroque humaine, notre corps de douleur et les affres de la vie psycho-mentale, pour nous revêtir de notre corps d'éternité. Et ce corps-là sera comme une note de musique au sein de l'universelle harmonie. Nous entrons ainsi dans la deuxième naissance, nous passons par la Porte pour entrer dans le Chemin. Et nous partons à la découverte de celui que nous n'avons jamais cessé d'être : un Prince.
"Notre coeur ne brûlait-il pas en nous, lorsqu'il nous parlait ?" 
C'est la seule parole que j'ai empruntée, non à Jean, mais à Luc. Elle me semble en effet plus édifiante pour signifier le retour du Roi depuis si longtemps exilé de notre vie. Depuis si longtemps, depuis tant d'années, nous avons oublié ce Prince qui habite dans notre coeur !
Souvenez-vous : la première fois que nous avons été amoureux, dans notre jeunesse, nous avons connu, non une jeune fille, mais la beauté et le charme incarné : une Reine. Ou inversement, une jeune fille a connu, non un jeune homme, mais la force, l'élégance et la puissance incarnées : un Prince ! Peut-être n'était-ce qu'un rêve fugitif, un sentiment réprimé et perdu aussitôt qu'entrevu, peut-être n'en avons-nous rêvé qu'un court instant dans la nuit. Mais un bref instant nous avons senti notre filiation royale, notre origine d'au-delà de ce monde. Sans doute, depuis, nous sommes devenus "raisonnables" et "réalistes : n'avons-nous pas préféré les plaisirs à la joie ? N'avons-nous pas eu à affronter les rudes épreuves et les dures luttes de l'existence ? 
Mais il arrive parfois que dans un éclair, le souvenir de notre état d'origine, notre état de prince, remonte à la surface de notre conscience. Nous éprouvons alors à la fois une grande joie et une grande douleur : la joie d'une ancienne splendeur entrevue, et la douleur d'avoir vu ce prince bafoué, couvert de sang et de crachats, lapidé par l'ignorance de ce monde. Et, regardant autour de nous, nous voyons le Christ de douleur partout : nous le voyons agonisant sur les lits des hôpitaux, nous le voyons dans cet enfant qui meurt de faim en Afrique ou en Inde, nous le voyons dans ce prisonnier torturé dans un camp de la mort. 
Alors nous sommes prêts à nous détourner du monde de l'ego. Nous sommes prêts à entrer par la Porte, afin de retrouver notre visage ancien. Le nôtre, mais aussi à aider tous ceux qui souffrent à retrouver le leur. Et ceux qui souffrent sont nombreux, beaucoup plus nombreux que nous ne pensons. Car la souffrance est la règle dans ce monde.
Et un évènement se produit, quelqu'un passe sur notre chemin. Nous ne distinguons pas bien son visage, mais seulement sa silhouette. Et dans cette silhouette, une grande présence, une grande lumière, une grande vibration. Alors nous lui emboîtons le pas. Et nous sentons notre coeur devenir ardent, nous sentons une chaleur envahir notre poitrine et tout notre corps. Et nous connaissons un sentiment de jubilation. N'est-ce pas lui, le messager d'une vie nouvelle ? Nous nous sentons renaître, nous sentons toutes nos facultés créatrices s'éveiller, nous sentons notre ancienne royauté.
Mais nous cachons cela au monde qui nous avait éduqué pour la médiocrité. Nous gardons notre trésor secret. Cependant la brillance de ce trésor rayonne sur notre visage pour tous ceux qui y sont sensibles. Et tous ceux-là pourront partir avec nous pour le voyage de retour à l'éternel présent.
Et à partir de ce jour, le Christ nous parle. Le Christ, mais aussi le Bouddha et tous les grands Sages de l'Histoire, tous les hommes "Eveillés", "Réalisés", "Créateurs". Leur présence nous parle partout, dans le chant des oiseaux, dans le murmure de la source, dans le frémissement du vent et dans la parole de l'Ami inspiré. Et chaque fois que cette présence nous parle, notre coeur devient brûlant.
N'est-ce pas le Roi qui parle à notre royauté ? N'est-ce pas le Prince qui habite dans notre coeur ? N'est-ce pas l'Ami que partout nous avions cherché de par le monde, sans jamais le trouver ? Celui qui nous offre sa Lumière et son Amour inconditionnel ? Oui, désormais sa présence est avec moi, et cette présence partout me protège et va à mes côtés.
C'est l'homme de la Joie, il me donne sa Joie qu'aucun évènement, qu'aucune circonstance ne pourront détruire. Et maintenant, je peux dire avec les deux disciples : "Mon coeur ne brûlait-il pas en moi, quand il me parlait?"

Nils Daum
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